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Il était une fois :
un homme et une femme
« Apprivoiser, ça signifie créer des liens »
Antoine de St Exupéry.
Former une équipe efficace et soudée est loin d’être une chose facile.
Lorsque l’affaire est pilotée par les pontes du F.B.I., cela ne s’annonce
pas sous les meilleurs auspices. Chris Carter a su construire au fil des
épisodes une relation riche entre ses deux personnages principaux dont nul
ne sait aujourd’hui comment elle se terminera. Mais rappelons-nous un
instant comment tout cela a commencé...
Dana Scully est agent au F.B.I. depuis près de deux ans lorsqu’elle est
convoquée par ses supérieurs pour « faire équipe » avec l’agent Mulder. Elle
prétend ne le connaître que de réputation mais force est de constater
qu’elle est capable de retracer devant le chef Blevins la totalité du
parcours professionnel de Mulder « Le martien ». Malgré la réelle estime
qu’elle porte à ses talents de criminologue, c’est avec un soupir non
dissimulé qu’elle accueille son affectation au service des affaires non
classées. Cela lui déplaît d’autant plus qu’elle a pour mission de rendre
des comptes et d’évaluer le travail de son collègue. Dès le départ, c’est
donc dans un ménage à trois que s’engage malgré lui le duo Mulder & Scully.
Mais c’est en bon soldat discipliné que l’agent Scully entame sa descente
aux enfers dans les soubassements du J. E. Hoover Building, bien décidée
toutefois à tirer profit de cette nouvelle expérience.
A peine entrée dans la tanière de Fox Mulder, elle reçoit un accueil
glacial, sarcastique, odieux même : « Qu’est ce que vous avez fait comme
boulette pour échouer ici ? ». Mulder admet mal cette intrusion forcée dans
son univers. Il sait pertinemment quel est le véritable rôle de Scully. «
J’avais plutôt l’impression que vous étiez là pour m’espionner. » Mais il la
considère bien plus comme une gêne, une entrave à sa liberté d’action que
comme une véritable menace pour ses activités. Vexée, blessée, Scully adopte
une attitude défensive et se retranche derrière ses références
professionnelles. Manifestement, Mulder a étudié le sujet. Il a cherché à
savoir à qui il avait affaire. Mais là encore, il met immédiatement des
barrières entre eux pour maintenir Scully à distance : « Réécrire Einstein,
voilà une référence ! Sauf que dans mon travail les lois de la physique sont
rarement respectées ».
Mulder attaque, teste Scully pour voir ce qu’il peut en tirer. Il cherche à
la déstabiliser sur trois points.
- Ses compétences médicales. « Dr Scully, pouvez-vous identifier ces marques
? »
Mulder interpelle ici sa partenaire par son titre médical sur un ton
ironique tendant à signifier
qu’à
défaut d’être une véritable coéquipière, elle peut peut-être lui servir à
quelque chose
par ses connaissances
médicales.
- Son obéissance aveugle au Bureau. « Peut-être pourriez-vous m’expliquer
pourquoi la police
du Bureau enregistre ces cas comme phénomènes inexpliqués
? ».
- Ses réactions face au paranormal et à la vie extraterrestre. « Croyez-vous
aux extraterrestres ? »
demande-t-il à Scully. Il veut simplement savoir si
elle va lui asséner les mêmes banalités que
tous les autres à cette question
et quel est son degré d’ouverture d’esprit.
Tout semble très mal engagé entre eux puisque Scully, très professionnelle,
fonce droit dans le piège et développe les uns après les autres tous ses
arguments scientifiques opposés aux fantasques théories paranormales de
Mulder.
Mais au moment où tout semble perdu tant chacun campe sur ses positions,
Scully, comme elle prendra l’habitude de le faire, débloque, sans le savoir,
la situation. « Toutes les réponses sont ici, il suffit de savoir où
regarder». Mulder apprécie la conclusion et renchérit « That’s why they put
The « I » in F.B.I.» (traduit par le mauvais jeu de mot français F.B.Oeil).
« I » pour Investigation. Le premier round de la rencontre Mulder-Scully
trouve une heureuse mais surprenante conclusion. Aussi opposés soient-ils,
Fox Mulder & Dana Scully ont un point commun : le besoin de chercher,
d’enquêter, de trouver des réponses... Ce besoin est, chez eux, plus qu’une
seconde nature. Mulder & Scully sont avant toute chose des agents du F.B.I.
Cela peut paraître banal mais c’est sur ce premier point commun que Mulder &
Scully trouvent une solide base commune sur laquelle greffer leurs relations
futures.
La partie n’est pas gagnée car Mulder ne se satisfait pas de si peu. En
route vers l’Oregon, Scully s’efforce de faire bonne impression en étudiant
soigneusement son dossier. « C’est bien, agent Scully », commente Mulder,
plus sarcastique que jamais. Remise sur un pied d’équilibre car rétablie
dans son statut « d’agent », Scully prend de l’assurance : « Mieux que vous
ne pensiez ou mieux que vous n’espériez ? ». Mulder, qui aime qu’on lui
résiste, désamorce momentanément la situation. Une trêve est signée. Puis
vient le moment fatidique où Dana Scully se trouve confrontée à l’univers de
Mulder " le martien " qui trace des croix à la peinture sur la voie
publique, déterre des cadavres pour le moins étranges et formule des
théories sans aucun fondement scientifique. Elle ne sait déjà plus si la
science fiction est bien réelle ou si c’est la réalité qui devient science
fiction. C’est au cours d’une surréaliste séance d’autopsie que Mulder met
le doigt sur leur second point commun. « Je ne suis pas fou, Scully, j’ai
les mêmes doutes que vous ». Bien entendu, Mulder a certaines certitudes que
sa partenaire n’a pas et vice-versa. Mais tous deux ont besoin, jour après
jour, d’être rassurés sur leurs convictions respectives. rien n’est acquis,
ils se remettent toujours en question, c’est ce qui fait leur intelligence.
Après cette première expérience partagée, l’heure est à la détente. Prémices
d’une complicité naissante.
Mulder se moque gentiment de Scully en se présentant comme Steven Spielberg
à la porte de sa chambre de motel pour lui proposer de l’accompagner faire
un jogging. Scully décline l’invitation. Il est de toute façon plus
intéressé par l’implant qu’elle a retiré du corps exhumé. Scully déclare sur
un ton blasé qu’elle ne va pas passer la nuit dessus, mais à la vérité, elle
est tracassée. Trop fière pour admettre devant son partenaire que la science
« sèche » sur ce problème, elle ne pensait pas voir ses connaissances si
vites dépassées. Selon elle, les théories que Mulder avance sont totalement
fantaisistes. Il est donc normal qu’il ne puisse rien prouver. Elle, Scully,
doit pouvoir tout prouver, tout expliquer.
C’est son honneur de scientifique qui est blessé quand elle ne peut répondre
à une question, à fortiori quand c’est celle de Mulder. Elle aimerait tant
lui prouver qu’il se trompe.
Leur relation fragile est ébranlée lors de leur visite à l’hôpital. Mulder
découvre sans difficulté et sans surprise les marques distinctives sur le
dos de la jeune Peggie. Scully qui pensait être désormais traitée d’égal à
égal est convaincue que Mulder en sait beaucoup plus qu’il n’en dit : «
Cessez de me raconter des conneries à la fin, mettez-moi au courant ».
Mulder n’arrive pas à oublier la raison réelle de la présence de l’agent
Scully à ses côtés : « Pour que vous le mettiez dans votre rapport ? ». Mais
cela va plus loin. Il ne craint pas Scully ni ceux qui l’envoient. Non !
Pour lui, la barrière qui existe entre eux tient au fait que Dana est trop
bornée ! Trop pour comprendre. Trop pour le comprendre. « Non vous n’êtes
pas prête à savoir ce que je sais ». Il tente pourtant une explication.
Scully ne veut effectivement rien savoir. « Il y a forcément une explication
». C’est une fois encore sur la nécessité de pousser plus avant
l’investigation que les deux agents vont se retrouver. Mulder reconnaissant
implicitement qu’il lui manque des éléments d’information sur la forêt
environnante.
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Les positions se radicalisent. Alors qu’ils connaissent une panne de voiture
aussi soudaine qu’étrange, Mulder prétend avoir des preuves de la présence
d’extraterrestres grâce au phénomène de perte de temps qu’ils viennent
d’expérimenter. Il exulte, plus « believer » que jamais. Scully atterrée
tente de faire comprendre à son coéquipier que le temps ne peut pas
disparaître sans toutefois bien comprendre par quel curieux hasard, ils se
retrouvent au point précis où Mulder a tracé sa croix à la peinture l’après-
midi même.
Scully la scientifique est déboussolée. Elle en a trop vu en si peu de
temps. En rencontrant Fox Mulder, elle a, bien malgré elle, été propulsée
dans un univers qui lui est totalement étrange. C’est prise d’une réelle
panique qu’elle se précipite dans ses bras. Elle a besoin d’être rassurée.
Paradoxalement, c’est donc sa peur de l’univers "Mulderien" qui va la
rapprocher de son partenaire. Devant une Dana Scully totalement désemparée
qui a laissé son « tailleur - armure » pour une fine robe de chambre, Mulder
perd toute agressivité. Peut-être se rappelle-t-il ses premières frayeurs
face au monde du paranormal...
Scully a besoin de comprendre et Mulder a besoin de partager ses
explications. Dehors, la tempête fait rage depuis la nuit tombée
offrant à nos deux héros le décor idéal pour une séance de confidences
sur l’oreiller. C’est au tour de Mulder de se mettre à nu, d’exposer
ses faiblesses. Il raconte sa soeur, l’enlèvement, son impuissance à
l’empêcher. Il raconte son intérêt pour les affaires non classées, ses
appuis au congrès et l’impossibilité d’accéder à certains dossiers.
Scully, naïve, ne comprend pas : « De quoi ont-ils peur ? ». Mulder
engage un baroud d’honneur : « Vous participez à leur stratégie, vous
devez le savoir ». « Je ne participe à aucune stratégie, vous devez
croire ce que je vous ai dit », répond Scully inutilement. Mulder ne
pense plus ce qu’il dit.
Pour finir de souder leur alliance, Scully avance un élément décisif qui
constitue leur troisième point commun : « Je n’ai pas d’autre raison que
vous d’être sur cette affaire. Je veux la vérité ». Quelle qu’elle soit,
qu’elle que soit la manière d’y arriver, Fox Mulder & Dana Scully sont deux
agents du F.B.I. au service de la vérité. Mulder y a voué sa vie. Il a
besoin d’un soutien et il sait désormais que Scully peut le lui apporter.
A compter de cet instant, Mulder est apprivoisé. Il décrit sa séance
d’hypnose régressive, l’essence même de ses convictions sur le paranormal.
La traduction française permet de marquer le changement d’attitude de Mulder
par le passage du « vous » au « tu » : « Ecoute-moi Scully, cette chose
existe ! ». Il accuse ouvertement le gouvernement.
L’enquête avance mais les preuves manquent toujours, et celles déjà amassées
disparaissent dans un incendie. Scully commence à se ranger au côté de
Mulder car on l’empêche manifestement de faire son travail correctement,
elle, représentante du F.B.I.
Elle se prend même au jeu des théories de Mulder en devançant les
argumentations de son partenaire. Le duo continue pourtant de se chercher
une longueur d’onde commune, ce qui les conduit à des situations cocasses.
Enquêtant au beau milieu de la nuit, trempés jusqu’aux os, dans le cimetière
municipal, ils sont pris d’un fou rire. Mulder n’en revient pas que Scully
énonce des théories qui pourraient être les siennes et Scully réalise le
ridicule de ce qu’elle est en train de cautionner.
L’agent Scully a toujours du mal à trouver ses marques. Elle reste sceptique
vis à vis des théories de Mulder, mais elle n’a plus non plus la même foi
dans les préceptes du Bureau. Elevée par un père militaire, elle a le
profond respect de la hiérarchie et de l’autorité. Alors qu’elle est prête à
corroborer la thèse de Mulder après avoir prélevé des cendres sur les pieds
de Billy Miles, son partenaire lui rappelle qu’elle devra le consigner dans
son rapport. Et ça, Scully ne se sent pas encore prête à le faire. Elle ne
veut pas mettre en jeu sa crédibilité vis à vis de ses supérieurs. Il lui
faut plus de preuves. Mulder les aura ces preuves, de façon spectaculaire.
Scully arrivera trop tard pour voir l’irréfutable.
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Les convictions de Mulder sont renforcées, mais Scully, soumise à la
question par ses supérieurs est obligée de se ranger à leur point de
vue. Elle n’a pas de matière pour étayer ses dires. Pendant un instant,
elle en veut presque à Mulder de l’obliger à faire son Mea Culpa devant
sa hiérarchie à cause d’un dossier sans preuve. Un instant seulement.
Car il y a cet implant qui prouve tout de même que Mulder a raison de
se poser des questions.
Les règles du jeu sont posées. Mulder accepte la stimulation apportée par
les réfutations de Scully. Elle sera pour lui un garde fou contre les
conclusions hâtives. Scully accepte quant à elle le mode de pensée de Mulder
tant qu’elle ne pourra pas prouver qu’il a tort. Elle est décidée à le juger
avec d’autant plus d’objectivité que Mulder pourrait bien être le dernier
détenteur d’une vérité qu’on cherche à étouffer.
11h21. Mulder appelle Scully. Les dossiers concernant leur enquête ont
disparu. « Il faut qu’on en parle ». Dana a besoin de prendre du recul, de
garder la tête froide : « Oui, demain ». Elle sait de toute façon que rien
ne sera plus comme avant. Elle va faire équipe avec Mulder. Ils devront se
battre. Contre l’extérieur, elle le savait déjà, elle est entraînée pour
cela. Contre l’intérieur aussi, elle ne l’imaginait pas, Mulder le lui
apprendra. Elle lui fait confiance pour cela.
Article de Cécile Le Floc'h
http://www.multimania.com/xphiles/xphiles.htm