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Voyage dans l'Esprit |
- One Breath - |
« The Spirit is the Truth » 1 John 5 : 07.
Ainsi s’achève le pré-générique de l’épisode One Breath.
Ainsi R.W. Goodwin nous présente le thème latent mais bien existant de l’épisode : la Créativité.
La Vérité et la Réalité intérieures de l’agent Dana Scully si vous préférez.
Scully se trouve dans un état hallucinatoire très puissant entre la mort et la renaissance, état
dans lequel l’esprit existe et se manifeste sans revêtir de forme physique particulière (tantôt Scully
elle même, tantôt l’infirmière Owens, tantôt Achab son père), étant plus créatif que jamais
mais profondément attaché à ses propres habitudes passées.
Considérons l’esprit comme étant doué des mêmes attributs que les religions réservent à Dieu, pour autant, bien
sûr, que l’on ne parle pas de l’esprit lié à notre propre personnalité mais d’un concept beaucoup plus vague, un
esprit qui réside au-delà de l’esprit rationnel.
Il ne s’agit donc pas ici du blasphème d’un Dieu Créateur, de son paradis et de ses saintes - tableau
néanmoins trop évident, trop accessible aux masses consommatrices, selon moi - mais d’une nouvelle
réflexion sur les symboles mythiques d’Eden enfantin et de renaissances, ici synthétisés.
L'Eden enfantin
La rêverie : « ce travail passif qui s’opère dans la mémoire de manière qu’émerge du fatras
de l’expérience, un bilan encore informulé ... » mettre en images, rassembler les fragments
épars du Réel et reconstruire un ordre, redonner du sens ... recréer un paradis perdu, un univers
où « Réel et Irréel mêlés épousent avec naturel les contours de l’Imaginaire ».
Qui d’entre nous ne s’est pas surpris un jour de faiblesse, un jour de tristesse, à rêver de
connaître à nouveau le bonheur simple de la petite enfance ? Scully, son corps se sentant
agressé, son esprit a instantanément recréé cet univers de douceur et de sécurité.
L’Eden
Le décor dans lequel Dana évolue enfant, puis adulte, semble se présenter tel un tableau impressionniste :
le ciel est d’un bleu originel, humide et confus, le soleil déformé par son éclosion soudaine
la terre est noyée, la végétation luxuriante ... Ici, toute l’attention est portée sur le rendu « des
prodigieuses magies de l’air et de l’eau » : les changements atmosphériques, les rayons et les
ombres, reflets du plein air, les forces les plus mouvantes de la Nature : rivières, nuages, brouillards ... Les scènes
deviennent presque immatérielles et les nuances délicates et fluides se fondent dans une harmonie
générale de Lumière. Cet univers de lumières et de splendeurs donne déjà à une Scully, mystique
et résignée, un visage de spectre.
L’image de la Terre symbolise très souvent l’image de la Mère ... Maggie étant étrangement
absente durant la majeure partie de l’épisode. Cet univers enchanté créé par l’enfant-adulte est
pareil à un domaine nourricier : la Terre " alma mater " est omniprésente, bienfaitrice elle PROTEGE,
elle est courbée, résignée, changeante et généreuse, vénérée elle EST PAREE DE SON ENFANT.
Il s’est créé une magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, une symbiose étrange entre
la Nature profonde (de Scully) & la Nature environnante.
Dans ce refuge du sacré, Elles s’effleurent, s’influencent, s’imprègnent, se pénètrent ... on peut
presque parler d’ UNITE.
L’anecdote racontée par la mère de Scully en début d’épisode présente une double fonction ...
D’abord informative en nous témoignant de sa joie de respirer, de voir, d’entendre ... d’orienter tous
ses sens vers le monde, sa joie de VIVRE, sa sensation d’enfant de tenir dans l’instant la synthèse
des choses, le désir impérieux d’inscrire l’éternel dans l’éphémère, la pérennité dans l’instantanéité.
Et de ce fait explicative en nous aidant à comprendre la tonalité onirique de ce paradis perdu désormais
« retrouvé ».
Spleen et Ideal
La création de ce paradis artificiel, de cet éden enfantin, est pareille à un acte de transsubstantiation :
l’esprit - Scully - transforme la médiocrité du monde et les souffrances physiques et morales qui en
résultent en beautés.
Mais dans ce cas, le désespoir, le mal de vivre - le spleen, en termes baudelairiens - l’emporte et une
dangereuse stérilité - de l’esprit - interdit l’avènement de la beauté.
Un dernier effort exalté pour atteindre cette Beauté supérieure, l’Idéalité et la Pureté : la mort physique.
La mort est une certitude absolue ; elle apparaît comme la seule issue à ce monde trop oppressant.
Scully la définit au fond comme cette jouissance suprême dont le corps ne cesse de rêver.
Dans cette scène solennelle et mystique, le lien unissant le corps à l’esprit, matérialisé en corde reliant
barque et berge, se rompt, et déjà, Scully glisse lentement « au fond de l’Inconnu ... pour trouver du
nouveau » dans d’autres fantaisies des sens et d’autres fantasmes imaginaires ...
Une vaine espérance d’Unité : la Mort.
Le calme, le silence, la paix, l’obscurité, ne plus affronter ses attachements, ses convictions et ses
croyances, perdre toute conscience ... comme un black-out de l’esprit, car c’est l’esprit toujours l’esprit
qui pousse Scully à renoncer à cette perspective funèbre. Renaître, recouvrer ses forces pour à
nouveau reparaître ??
L’idée jaillit plus intense. Profondes inspirations, sa conscience est si lasse et il lui faut maintenant livrer bataille contre
cette ennemie implacable, cette fidèle compagne pour revivre encore.
« But (she), grown shrewder
scans the skies with a suspicious Air
As children swindled for the first
All Swindlers be infer »
Emily Dickinson, 1862.
Il convient avant tout d’expliquer pourquoi Scully frémit à l’idée de revenir à la vie. Le
supplice physique et psychique qu’elle vient de subir l’a bouleversée, désaxée, déstabilisée
au point de lui faire perdre toute confiance en elle.
Mais là n’est pas la seule raison : durant la majeure partie de son existence, Scully s’est
consacrée à comprendre et raisonner, à l’aspect scientifique et technique de sa réalité entière,
se fermant d’avance à la possibilité d’obtenir des informations ultérieures provenant de sa
Nature profonde sous forme de perceptions et, croyant si fermement en ses méthodes, qu’elle
pensait le moindre changement inconcevable et par ailleurs inacceptable. Or, dans cette forme
de fantastique qu’elle s’invente, il n ’y a pas de place pour la Science, pour le Raisonnable & l’Explicable.
Les plans rationnels et spirituels n’étaient jusqu’alors développés de pair, ce qui rend cet état
intenable parce qu’instable, toujours vacillant entre les caprices d’une Spiritualité et les caprices
d’une Intelligence : l’intelligence percevant les défaillances du Réel, la Spiritualité les transgressant
et les métamorphosant en incertaines figures imaginaires. L’absence de logique de son « rêve « donne une forme à sa peur : suffisance arrogante & solitude
orgueilleuse font désormais place à une détestable fragilité et à une soudaine incertitude.
Chimères ...
La Créativité est une qualité de l’esprit. Celui-ci, libéré du concept de corps, du concept
d’espace et de temps, a le pouvoir de se diviser, se subdiviser ... de créer d’autres corps
et d’y transmigrer par la suite.
L’Infirmière Owens & Achab ne sont donc que des manifestations de cet esprit,
des personnages fantasmatiques et fantasmagoriques, d’autres chimères ...
L’infirmière Owens se distingue de part sa présence constante à la fois matérielle et subtile.
Elle est la clé des univers extérieurs, intérieurs, et supérieurs de Dana, l’expansion
de sa force inépuisable et insoupçonnée et de sa détermination, qu’elle ne croit ni pouvoir
trouver à l’intérieur de son être ni à l’extérieur ses proches et ses médecins la croyant déjà
perdue. Mais l’esprit veille ... et crée. L’Infirmière Owens est la représentation imaginaire des désirs et des attentes de
Scully, qu’il incombe à son esprit de révéler, puis de créer afin de les assouvir. Elle
est celle qui rassure : « Dana, je suis l’infirmière Owens, je suis là pour aider,
chérie ... », qui assiste : « Je suis là pour vous aider à revenir parmi nous ... », qui guide
: « ...vous êtes loin du monde réel et ça vous fait du bien, reposez-vous. Vous aimeriez rester
là ? Dana, vous ne devrez partir que lorsque le moment sera venu ... Je sais que la mort est
à portée de main ce soir, mais, Dana, ton heure n’est pas encore venue ... » elle est celle qui
l’aide à traverser la nuit noire pour atteindre le soleil.
Au moment du trépas, les hallucinations créées par l’esprit dépendent des habitudes cultivées dans la vie ;
l’aspiration à la Mort ( Idéalité ?) encore une fois, à laquelle sont associées les sempiternelles images d’essor
et d’infini.
Une zone perdue du vide intersidéral, une pluie de lumière vive et chaleureuse, ne révélant
que les contours du visage froid de l’Inconnue ...
Deux entités bien réelles, deux véritables présences, deux puissances surnaturelles s’affrontant, se disputant ...
Achab surgit soudain et livre à sa fille un discours des plus fantaisistes (le fameux message ?, cf.
Beyond the Sea). Son père n’a jamais approuvé sa décision d’entrer au F.B.I. et depuis lors,
lui en a toujours tenu rigueur. Mais, à cet instant, Dana retrouve cette complicité de père à enfant
privilégié, quelque peu idéaliséei ci : « ... mais quand j’ai su, quand j’ai eu la certitude que je ne te reverrai
plus ... ma petite fille ... j’aurai rendu toutes mes médailles, toutes mes promotions, tous mes tableaux d’honneur
pour un moment de plus avec toi ... (Eh, où sont passés Bill Jr, Mellissa et Charles,
ses autres enfants ?!) ... on se reverra dans quelques temps Starbuck, mais pas aujourd’hui ... bientôt ... ». Ce dernier fantasme la conforte et l’encourage dans l’effort qu’elle a à fournir, dans le combat qu’elle doit mener.
The Blessing Way
Une bénédiction est une connexion profonde entre l’esprit du maître et du disciple, au point
que le premier transmet au second l’énergie qu’il peut, temporairement, réveiller le potentiel
de transformation libération - déjà présent dans le disciple. La façon dont une bénédiction agit
n’est pas facile à comprendre intellectuellement en ce sens qu’une bénédiction n’est ni visitée,
ni mesurable, ses effets peuvent seulement être constatés.
Une pensée déterminée constitue une énergie qui permet de contacter directement l’être
prisonnier de son état hallucinatoire, de le ramener
progressivement et ainsi d’obtenir
consciemment une bonne renaissance.
Naturellement, par renaissance, il faut entendre
ici réincarnation/réintégration.
Le maître - Mulder - par sa présence, par sa confiance, (« c’est ta confiance qui m’a
a permis de revenir ... » lui confiera t’elle, par la suite), sa pensée positive, sa bénédiction
a permis à son disciple - Scully - d’accéder à la libération (révélation ?), l’annihilation des
souffrances physiques et psychiques, des tensions et des aversions, ultime condition pour vivre
à nouveau. Puis, tout doucement, son énergie s’équilibre, son esprit s’en trouve plus positivement
orienté, ses sensations extrasensorielles se transforment ... et l’esprit - Scully - se dirige vers
son incarnation première. A l’Eden se substitue l’Enfer. Au décor enchanteur et protecteur se substitue
le décor froid et nu d’une chambre hôpital ... balayée d’ombres et de lumière une dernière fois, elle
s’éveille ... Et la spiritualité meurt étouffée sous le poids de la Rationalité ...
Pourvu du désir manifeste et de provoquer cet épisode - Glen Morgan & James Wong -
nous rapprochent et nous initient à la « réalité ultime », la Vérité suprême et la béatitude cosmique
universelle - wouah ... on est loin là ... -
Nous ne sommes que de pauvres êtres désillusionnés mais qui continuons de créer et de
vénérer l’Illusion ... les mondes visibles et invisibles ne sont qu’Illusions illusoires ... ils ne
sont que vacuité, ils ne sont qu’apparence, non datés d’une existence propre ... ils ne sont
que des manifestations de l’esprit ... En termes vichinesques : « ce n’est qu’un rêve ... ce n’est
qu’un rêve ... ».
Message perso : pour « Praaince »
« L’esprit humain civilisé ... ne peut pas se débarrasser d’un sentiment de surnaturel »
Dr.Faustus - Thomas Mann.
« l’esprit est la vérité »
« Mais aujourd’hui, plus avisée,
(elle) scrute avec soupçon les cieux
Ainsi l’enfant qu’on dupe une fois
Et qui déduit que le monde est menteur ».
Article d'Anna tiré du fanzine "X-philes" n°14
http://www.multimania.com/xphiles/xphiles.htm