Après tant d'attente, j'ai enfin pu voir The X-files, le film. J'étais à la
toute première séance de ma ville. Premier constat : beaucoup de jeunes de
quinze ou seize ans qui, d'abord, ont beaucoup parlé, ensuite ont beaucoup
dormi :-) !
Certains se réveillaient aux scènes fatidiques (dont celle du
couloir de l'appartement de Mulder, bien sûr !), mais la plupart se
contentaient d'anticiper sur les scènes dont, de toute évidence, ils
n'ignoraient plus grand chose ! Peut-être est-ce aussi pour cela que The
X-files : Fight the future ne me laissera pas un souvenir éternel, parce que
j'en savais trop avant de l'avoir vu (ce qui commence à me donner envie de
cesser de lire les spoilers !!).
Mais je ne semble pas avoir été la seule à
trouver assez médiocre cet épisode sur écran géant (car il s'agit bien d'un
épisode, comme en témoigne l'absence de vraie fin : l'intrigue n'est pas
terminée). Alors que j'ai adoré Post Modern Prometheus pour sa finesse dans
tous les domaines ou presque, j'ai trouvé que le film n'était qu'un film
d'action de plus, utilisant les personnages de la série et renonçant à
beaucoup de
ce qui fait de la série ce qu'elle est, à savoir une oeuvre culte : mystère,
non-dit, implicite ...
Bref, le film est commercial bien avant d'être
artistique. Je pense que cela s'explique par le fait que le cinéma vise un
public plus jeune que la télévision, mais la production a sans doute trop
concédé au "jeunisme" et l'esprit de la série en a été sérieusement
touché.
Bon, tout n'est pas mauvais et l'on retrouve quand même, ça et là, des
choses intelligentes ou/et intéressantes !
J'ai ainsi apprécié l'humour de Mulder, toujours plein de finesse et d'à
propos. Par contre, Scully semblait avoir retrouvé sa personnalité de vingt
ans : rien à voir avec l'agent Scully des premiers épisodes, froide et
sérieuse, rien à voir avec la Sainte Scully des épisodes concernant et
suivant
son cancer, pleine de doute et de douleur. Non, la Scully qui nous a été
donnée à voir est une Scully jeune et pleine d'humour (sans doute trop :
quand même, le "Je t'ai bien eu" après sa réanimation était assez
pathétique !!!). Ce n'est pas que Gillian Anderson ait raté sa conversion au
cinéma, c'est simplement que le rôle a été écrit différemment de celui
qu'elle joue pour la série. Enfin, c'est mon avis...
Par contre, la scène du "baiser" est assez réussie. Mulder, pour la toute
première fois, parle à Scully de leur relation et c'est sans doute ce qui
touche Scully au point de la faire presque pleurer. Le baiser qu'elle lui
donne sur le front est comme un remerciement. Scully avait besoin de ces
mots. Quant au baiser qui a failli suivre, l'étonnement que l'on saisit dans
le regard de Scully rappelle vraiment celui de Small Potatoes, preuve, s'il
en est, que Scully n'est pas prête à franchir ce pas. Pas plus que Mulder ne
l'est, d'ailleurs, comme le montre son visage quand Scully s'écarte de lui
après avoir été piquée : il pense un instant qu'elle se refuse à lui, comme
il l'a toujours pensé. Je reste persuadée que Mulder se sent indigne de
Scully,
qui est une référence à ses yeux, comme le prouve son discours : il a
besoin d'elle. Il n'a toujours pas conscience qu'elle a aussi, sur bien des
plans, besoin de lui. Jusqu'au bout, il a l'impression que tout ce qui
arrive à Scully est de sa faute (c'est un peu vrai, d'ailleurs !)
et c'est pour cela qu'il accepte finalement l'idée qu'elle puisse partir
loin de lui pour son bien.
Un pas a peut-être été franchi ici : Mulder a
pris conscience que la relation qui l'unit à Scully n'est pas unilatérale,
mais qu'elle a aussi des incidences sur Scully. Serait-ce une façon pour
Mulder de grandir ? De cesser de voir en Scully une sorte de substitut
maternel ? Idée à creuser, il me semble !
Autre chose que j'ai apprécié dans le film : le rapport à la mythologie,
car, enfin, on en apprend un peu plus ! Peut-être trop d'ailleurs (je n'avais
pas vraiment besoin, pour ma part, de ces extraterrestres à la Alien, de
toutes ces chaînes des boucherie à la V ou de ce vaisseau géant à la
Independance Day), mais
l'intérêt est sans doute de mettre nettement en place la problématique des
générations qui devient cruciale dans la série. Et c'est là que commence ma
petite analyse.
Lle destin de Mulder et celui de
Scully sont en quelque sorte programmé depuis très longtemps. La question
qui se pose est : dans quelles proportions ? J'ai vraiment été frappée par la
phrase de M. X : "No one touches this man" dans Unusual Suspects. Elle sonne
comme un point d'orgue qui vient confirmer que Mulder est important pour le
consortium.
Mais l'est-il seulement parce que ses élucubrations (induites par le gaz)
ridiculisent les "croyants", ce qui permet de cacher la vérité ? Peut-être. A
moins qu'il y ait quelque chose de plus. En effet, Fox Mulder n'est pas
n'importe lequel des agents du F.B.I. ! Son père a joué un rôle (encore
obscur) dans la conspiration et sa soeur a quand même disparu dans des
circonstances étranges qui ne se satisfont pas de l'hypothèse du simple
crime crapuleux (que faire en effet des clones enfants ?). Si l'on en croit
le roman et les dires du WMM, Samantha aurait été enlevée
pour être protégée du virus.
Eum... Pardonnez mes lacunes en matière de
clonage ;-) mais je n'arrive pas bien à comprendre comment Samantha a pu
être sauvée par son clonage. Peut-être la V.O. du roman est-elle
plus claire (qui aurait la gentillesse de me recopier le passage en
question ?) mais, dans la V.F., le WMM dit que Samantha a été sauvée par
clonage. Mulder conclut seul à l'hybridation avec l'ADN alien. Comment ses
clones peuvent-ils sauver Samantha, l'original ? ! ! !
Faut-il plutôt comprendre qu'en échange de l'autorisation de la cloner pour
les fins du projet, Bill Mulder aurait obtenu que son propre matériel
génétique soit hybridé et qu'elle soit
donc, elle-même, immunisée contre le virus ? [Ce qui serait une information
intéressante puisqu'alors, Scully, qui a de l'ADN hybridé, serait peut-être
elle aussi, immune (sans efficacité pour le moment, vu ce qui lui arrive
dans le film !!)].
Bon, revenons à un point qui me semble indubitable : l'arrivée de Mulder
à la tête des X-Files n'est pas qu'une affaire de circonstances. Le WMM
affirme que le père de Mulder voulait que son fils combatte le projet. Si
"l'homme qui va mourir ne ment pas", comme il semble que les X-files l'aient
statué (cf. Gorge Profonde, Mr.X. et peut-être CSM
devant la photo des enfants Mulder), alors le WMM dit vrai. Mais pourquoi,
dans ce cas, toute cette animosité de Bill à l'égard de son fils, pourquoi
cette froideur alors même que Mulder était sur la voie de la vérité ? Etrange
tout de même...
Reste à éclaircir les raisons pour lesquelles Scully se trouve auprès de
Mulder. Elle aurait été placée auprès de Mulder pour discréditer son travail
mais se serait révélée gênante par sa loyauté et son honnêteté. Soit. Il est
vrai qu'elle gêne le consortium parce qu'elle est crédible et que Mulder le
devient à son côté. C'est d'ailleurs la première raison invoquée pour
expliquer le premier enlèvement. Mais pourquoi le consortium n'aurait-il pas
choisi une femme dans l'espoir que quelque chose naîtrait entre les deux
partenaires et qu'ainsi Mulder serait fragilisé (et ce d'autant plus que
toute blessure affligée à Scully lui rappellerait Samantha et raviverait son
sentiment de culpabilité à l'égard de sa soeur, née la même année que
Scully) ? C'est ce que suggère peut-être le film lorsque le syndicat parle
d'ôter à Mulder ce sans quoi il ne peut pas vivre. Comment le syndicat
serait-il au courant de l'importance du lien qui unit ces deux partenaires ?
A moins qu'il ait tout fait pour créer ce lien...
Pour essayer de comprendre la complexité des relations humaines dans
X-files, on peut aussi abandonner le niveau narratif pour placer le tout sur
le niveau psychologique. Dans ce cas, toute la complexité des relations de
Mulder et Scully au consortium ne seraient que le reflet des relations
compliquées que nous entretenons tous avec nos ascendants, à savoir que nous
tenons d'eux alors même que nous aimerions nous sentir parfaitement
indépendants et nos propres maîtres. Autrement dit, Mulder et Scully sont le
fruit d'un passé très lourd, qu'ils sont en train, petit à
petit, de redécouvrir, couche après couche, dans une véritable fouille
archéologique, pour montrer, peut-être, que quoi que l'on fasse,
on est toujours les enfants de quelqu'un. Quoi qu'il fasse, Mulder retombe
toujours sur son passé, sur son père (cf. épisode d'hier, Travelers/Les
compagnons de route). Le film FTF exprime particulièrement ce passé
terrible qui
remonte à la surface, menaçant. D'abord, ce sont des fossiles qui semblent
inoffensifs, puis c'est un terrible virus qui se réveille, enfin c'est un
gigantesque vaisseau spatial. Est ainsi reconstituée une chaîne de vie à
l'image de l'Histoire de l'humanité : vie végétative, vie animale (au sens,
d"animé"), vie technologique.
En d'autres termes, le film nous donne à voir
en accéléré une image de l'Evolution. Si ces extra-terrestres sont
si effrayants, ce n'est pas parce qu'ils ont des griffes aux doigts mais
parce qu'ils nous sont présentés comme nos jumeaux terribles ! Ils étaient là
tout ce temps, comme nous. Comme nous, ils asservissent les autres espèces
vivantes pour survivre (les chaînes de cryopods évoquent celles des
boucheries). Comme nous, ils ont une technologie brillante. Reste à analyser
la façon dont se réalise la "gestation" de ces êtres. Leur position dans le
corps des hôtes est parlante. Elle évoque la maternité humaine de façon
évidente. Ainsi, peut-être, est-ce une façon de mettre en avant un état de
fait que nous occultons tous plus ou moins consciemment depuis la nuit des
temps : nous enfantons parce que nous mourrons (dans le film, la matrice
meurt avec la naissance de l'alien). Nous avons besoin d'enfants parce que
nous sommes mortels mais ces enfants pleins d'espoir seront un jour ou
l'autre confrontés eux aussi à l'inévitable. La seule immortalité à laquelle
nous pouvons aspirer est celle de nos gênes, dont une petite partie
traversera les siècles dans le corps de nos descendants. Peut-être est-ce
cela que dit aussi FTF : la peur de mourir, une peur individuelle mais
surtout une peur collective, celle de l'humanité qui craint de disparaître.
Ces
extraterrestres qui veulent reprendre possession de la Terre que nous
occupions en espèce dominante depuis des millénaires ne se préoccupent pas
plus de la survie de notre propre espèce que nous ne nous sommes préoccupés
des espèces animales qui ont disparu par notre faute. FTF serait alors
aussi un film écologique, nous remettant à notre place : nous ne sommes
éternels, ni en tant qu'individu, ni en tant qu'espèce. Pour la survie de
l'humanité, nous devons toujours garder à l'esprit que nous sommes les
héritiers des hommes d'hier, dont nous devons partager les erreurs, en même
temps que nous devons préparer l'avenir de ceux qui viendront derrière nous
et qui découvriront à leur tour, nos propres erreurs, pour les réparer et
pour aller de l'avant. Dans le film, ce sont les trois garçonnets du début
et les petits enfants du WMM qui incarnent ce rôle, ils sont le symbole de
la fragilité de l'avenir. Que le petit-fils du WMM se casse la jambe au
moment même où son père apprend que le virus a muté, menaçant
l'humanité, est une façon évidente de faire du garçonnet le symbole de ce
futur fragile à protéger...