Il n’a pas de cape rouge ni de S sur la poitrine. Il n’a pas non plus de
tatouage de chauve souris ou de bonnet noir avec les oreilles en pointes.
Il ne faut pourtant pas longtemps pour s’apercevoir que Fox Mulder n’est
pas un homme comme les autres. Et pour cause : dans le monde bien réel
qui est le sien, il est le dernier des super héros ...
Tout le monde ne peut pas être un Super Héros. Condition Sine Qua Non : être un homme, jeune (30-35 ans),
séduisant et très brillant. Pas de médiocrité permise. Par contre, pas de restriction dans le domaine. Tout est on,
que l’on fasse fructifier la fortune paternelle comme Bruce Wayne ou que l’on excelle la plume à la main comme
Clark Kent. De la même manière, Fox Mulder débute par de brillantes études à Oxford avant d’entamer une carrière
au F.B.I. où il devient très vite la référence de la section des crimes violents. Mais un Super Héros ne se fait pas en
un jour, il se construit. On retrouve à la base de son histoire une grande perturbation, un traumatisme familial causé
par une séparation brutale.
Clark - Kal El sera sauvé in extremis par le sacrifice ultime de ses parents avant l’explosion de la planète
Krypton.
Bruce, lui n’aura pas la chance de retrouver une famille adoptive et restera marqué à vie par l’assassinat
sous ses yeux de son père et de sa mère, la nuit dans une ruelle.
La famille Mulder s’est disloquée de manière plus pernicieuse et plus étrange.
La chape de silence qui entoure la disparition de Samantha Mulder, leur fille, ronge le
couple Mulder qui finira par se séparer abandonnant le petit Fox dans la plus grande détresse.
Il ne se pardonnera jamais de n’avoir pas pu empêcher l’enlèvement de sa soeur !
Car bien plus que d’une souffrance, c’est en effet d’un sentiment de culpabilité et
d’impuissance que naît le Super Héros. Ces trois hommes, ces trois enfants ont à jamais
refusé de subir, d’être les témoins passifs d’évènements tragiques. Coupés de leurs racines,
leur avenir s’organise autour d’une quête, d’une mission sacrée axée sur leur passé. Fox veut
retrouver sa soeur et Bruce Wayne, l’assassin de ses parents. Clark est quant à lui, à la recherche
de son identité, et d’éventuels survivants de Krypton, sa planète disparue.
Portés par ce désir de vengeance ou cette soif de savoir, sur fond de culpabilité refoulée, ces hommes sont
capables de prodiges. Chaque jour, ils font reculer un peu plus loin leurs limites. Ils se donnent et se
dépassent sans compter. A tel point que leur quête personnelle devient un peu réductrice, trop pour
apaiser leur culpabilité lancinante et cette peur omniprésente d’être un jour à nouveau dépassé
par les évènements. Ils entrent alors dans une phase active caractérisée par le besoin de contrôle et
de maîtrise. Clark Kent devient Superman, Bruce Wayne devient Batman et Fox devient l’agent Mulder.
Le super Héros est né !
Refusant désormais de consacrer leur vie à leur seul but égoïste,
ils mettent leurs capacités supérieures au service de la société.
A Metropolis ou Gotham City, villes imaginaires, la lutte majeure est celle du bien contre le mal,
invariable concept manichéen de la société dans les fictions. C’est donc naturellement en défenseurs de la
justice que s’érigent Batman et Superman.
Mais aux frontières du réel, entre Washington et la Côte Ouest, on sait désormais que Justice est un vain mot,
un idéal de pacotille."La loi ne punit pas les coupables" dit un jour Mister X à Mulder pour justifier sa
justice un peu expéditive. L’enfer est ailleurs...
Dans cette réalité qui est la notre, l’homme n’a jamais eu accès à autant d’informations. On se bat pour en être
l’émetteur, on se bat pour en être le récepteur privilégié. Le contrôle de l’information est source de pouvoir et des
luttes de pouvoir naît la désinformation. La vérité devient une denrée rare et précieuse. C’est donc tout naturellement
à son service que va se placer l’agent Mulder.
Le Super Héros n’est pas un théoricien, il ne se bat pas contre des concepts. Le mal contre lequel il se bat
est toujours incarné. Qu’ils agissent à visage découvert ou sous les traits de la respectabilité, les Joker,
Lex Luthor, Catwoman et autres Pingouin représentent la fine fleur des méchants de la pire espèce. Mulder
a beaucoup moins de chance. Il sait que le Smoking Man est à l’origine du complot mensonger et dissimulateur
auquel il se heurte à chacune de ses enquêtes. Mais lui-même demeure un mystère. Qui est-il ? Quelle est l’étendue
de son pouvoir ? Quelle est la vérité sur lui ? Celle là non plus, Mulder ne la connaît pas. Or pour combattre
efficacement un ennemi, il faut savoir à qui l’on a affaire. C’est pour cela que Mulder rencontre beaucoup
de difficultés que ses confrères.
Même doté d’une volonté de fer, n’importe qui ne peut pas s’attaquer à ces méchants. Aux causes exceptionnelles
correspondent des moyens exceptionnels, dont évidemment seuls les Super Héros sont équipés. Mulder conduit
une voiture banalisée et ne répond qu’au téléphone. Il lui arrive de planer un peu, mais toujours à basse altitude
et jamais la tête en bas. Dans son doux regard, pas de scanner ni de laser. Non, ce qui fait sa force, Mulder ne le
porte pas en lui. Pour traquer la vérité, Mulder dispose de bien plus que la force physique : l’accès à l’information.
Est-il le seul agent du F.B.I. à avoir des protections au Congrès ? Il est probable que non. Pourquoi serait-il alors
le seul à s’intéresser aux phénomènes paranormaux ? Pourtant, il n’est jamais fait mention de collègues ou
prédécesseurs dans les mêmes fonctions. Il semble donc bien que Mulder ait un accès unique et privilégié
à toutes les informations concernant les affaires non classées. C’est son SUPER pouvoir.
Leur caractère unique et le poids de la mission qu’ils portent en eux les confrontent à l’isolement et à la
solitude. Le fait de posséder une double identité ne permet pas forcément une meilleure intégration.
Bruce Wayne vit seul, retranché dans le manoir familial et coupé du Monde par son statut de milliardaire.
Fox Mulder est marginalisé par ses convictions sur le paranormal et rares sont ceux avec qui il peut les partager.
De même, en dehors de ses parents et de quelques collègues du Daily Planet, Clark Kent rencontre peu
de monde. Cette solitude est pour partie subie, pour partie souhaitée car les Super Héros assument leur différence .
Mais ils ont parfois besoin de se ressourcer, de se retrouver dans un environnement qui leur correspond
parfaitement. Clark - Kal El regagne la Forteresse de Solitude pour réécouter les messages de son père
Jor El. Quand il est d’humeur sombre et mélancolique, Bruce s’enferme dans la Batcave, un peu
comme Mulder qui ne se sent jamais aussi bien que dans son bureau entouré de ses X-Files.
Un Super Héros n’est toutefois pas totalement seul. On trouve dans son entourage un homme plus âgé, rappel de
l’image paternelle, qui par sa sagesse, ses conseils, son autorité morale maintient le lien entre le Héros et la réalité.
Il est à la fois mentor et confident comme Perry White et Alfred le majordome quand Clark et Bruce sont confrontés
à des situations difficiles. Mulder a rapidement trouvé un coup de main en la personne de Gorge Profonde. Il est
intéressant de noter qu’il faudra que ce dernier meure pour que Fox se tourne vers l’Assistant Director Skinner.
Le peu de confiance qu’inspire l’énigmatique Mister X ne lui permet en effet pas de reprendre la rôle plus amical
de son prédécesseur.
Toujours aux frontières de deux mondes, de deux identités, de deux rôles, les Super Héros savent aussi à
leur tour devenir guide spirituel. Batman entraîne dans son sillage le jeune Robin, lui aussi orphelin. Jimmy
Olsen marche, appareil photo à la main, dans les pas de Clark dont il admire le talent et la carrière. Clark le lui
rend d’ailleurs bien en veillant sur lui un peu comme un grand frère. La relation qu’entretiennent Mulder et les
Lone Gunmen est de nature un peu différente. Pas de sentiments filial ou fraternel. Face à eux, qui sont les
veilleurs vigilants des machinations gouvernementales, Mulder est l’homme de terrain, la force de frappe.
Il ne se contente pas de dénoncer mais met out en oeuvre pour les faire échouer ! C’est cette attitude héroïque
que les Lone Gunmen admirent, c’est grâce à elle que Mulder obtient toujours leur soutien inconditionnel.
Et les femmes direz-vous ? Ah, que seraient nos Super Héros sans leurs compagnes ? La première rencontre
est souvent houleuse. Loïs Lane n’apprécie pas du tout de se voir parachuter un équipier. A l’inverse, c’est Fox
Mulder qui regarde d’un mauvais oeil l’arrivée de l’agent Scully, car il sait qu’elle n’est pas vraiment là de son
plein gré et que son rôle de coéquipière masque celui d’agent double. La première rencontre entre Bruce Wayne
et Vicky Vale se fait dans une bien meilleure atmosphère. Il ne faut pas forcément y voir une bonne chose puisque
leur histoire ne durera pas. Il existe un point commun entre ces trois femmes toutefois. Une fois la relation de
confiance établie, elles seront pour leur Super Héros, une source inépuisable de force et un appui primordial
pour mener à bien leur quête. Elles ramènent la confiance quand ils doutent, elles amènent les preuves quand ils
se perdent en conjectures, elles les réhabilitent aux yeux du public ou de leur entourage quand ils sont injustement
mis en accusation. Sans elles, les Super Héros auraient maintes fois été tentés d’abandonner. Un Super Héros
est supposé ne pas avoir de faiblesses. Et pourtant, il y a une chose qui lui fait perdre la tête, cette fameuse
petite faiblesse qui le conduit à affronter les situations les plus périlleuses : sa peur de perdre un être cher.
Cet être est bien souvent celle qui a volontairement pris de grands risques pour son héros. Un prêté pour un
rendu en somme. Quand leurs femmes sont en danger, les Super Héros perdent toute attitude rationnelle et
agissent poussés par leurs émotions, montrant qu’ils sont finalement... tellement humain.
Agent Mulder !
La vérité est ailleurs, mais sachez où regarder.
And you’ll finally see the truth,
That a hero lives in you.