Dans combien d'épisodes des X-Files dit-on le mot "paranoïa" ? ...
Si ce n'est pas dans tous, ce n'en est pas loin. Que ce soit Scully qui le dise concernant Mulder ou les médecins, ou bien que ce soit
Mulder qui ironise lui-même, bref, c'est du "paranoïa" en veux-tu, en voilà. Même Chris Carter
l'avoue clairement et souvent. Question donc naïve que de remettre en cause
ce qui semble si évident, puisque tant avoué. Et pourtant, ce serait oublier
qu'il faut aussi se méfier des vérités trop évidentes ...
Quelques notions de psychanalyse :
La psychanalyse classifie les affections mentales courantes en deux grands groupes : les névroses et les psychoses,
toutes deux correspondant à des tentatives (plus ou moins heureuses) du moi à maîtriser les pulsions, c'est-à-dire les
désirs.
Les névroses sont des troubles relativement bénins, liés directement au fameux "complexe d'Oedipe" et
correspondant à une difficulté du moi à assumer ses pulsions face à la Loi, au Surmoi. C'est selon la prévalence
du fantasme de passivité ou d'activité du bébé lors de cette concrétisation du stade oedipien, c'est selon sa source
pulsionnelle "favorite" et l'inconscient des parents que l'enfant évoluera vers telle ou telle structuration névrotique ...
Les psychoses, elles, sont beaucoup plus archaïques et profondes. Il s'agit de tout le domaine de la grande folie,
caractérisées essentiellement par un trouble de la perception de la réalité. Le moi est complètement submergé par les
pulsions, et n'a plus aucune fenêtre sur la réalité et le monde extérieur. C'est le domaine de l'extrême.
Ce qui est en jeu n'est pas de gérer l'arrivée du père (névrose) ni mais de comprendre, de théoriser l'absence de la
mère. Ce terme d'absence est très difficile à concevoir pour le nourrisson. En fait, pour lui, sa mère est toujours là.
Quand "ça fait du bien" (c'est-à-dire quand elle est réellement là), c'est une mère positive. Quand "ça fait du mal"
(c'est-à-dire quand, réellement, elle n'est pas là), c'est une mère négative, méchante. La fée et la sorcière !
C'est ce qui restera de cette expérience qui va structurer le noyau psychotique de chacun d'entre nous. Si l'enfant
n'arrive pas à faire la part des choses, il évoluera vers une structuration schizophrénique, s'il décrète que la mère
est méchante à cause d'elle, et qu'elle est bonne grâce à lui, ce sera une structuration paranoïaque, s'il décrète qu'elle
est mauvaise à cause de lui, ce sera une structuration dépressive, c'est-à-dire mélancolique.
Il existe trois types de névroses et trois types de psychoses, chacune ayant son origine et ses représentations
fantasmatiques propres. Dans le domaine des névroses, on retrouve :
L'hystérie phobique.
C'est-à-dire une peur irraisonnée soit d'un objet fantasmatiquement particulier : la rue, des pommes, tout ce que l'on
veut, soit d'un objet plus généralement fantasmatique : l'orage, une araignée, un chien, etc.
L'idée, c'est que face à l'angoisse pulsionnelle intérieure, le Moi projette à l'extérieur cet affect sur une représentation
plus ou moins quelconque, et cela pour la simple raison que l'on peut plus facilement fuir et éviter les taxis (par
exemple) que de fuir et éviter une pulsion venant de l'intérieur !!
L'hystérie de conversion.
Si le principe est le même, la forme est quelque peu différente. L'affect n'est pas projeté à l'extérieur mais au
contraire somatisé, converti en symptôme physique. Le corps souffre à la place du psychisme. Il s'agit là des cas
de rhumes qui peuvent apparaître pendant des crises d'angoisse, des paralysies, des contorsions, etc.
La névrose obsessionnelle.
L'obsessionnel. est celui qui ritualise, qui ne peut pas s'empêcher de faire telle ou telle chose,
invariablement, sans qu'il sache pourquoi il le fait, sentant seulement une impérieuse nécessité. de le faire. Là,
le Moi ne projette ni ne convertit le fantasme angoissant, mais dissocie l'affect de la représentation. L'affect est
quasiment réduit à son minimum, au profit d'une sudramatisation de la représentation rituelle ...
Le paradoxe, c'est que ces névroses sont une forme de défense, une tentative partiellement, mais tout de même un
peu réussie du Moi pour ne pas être submergé par le fantasme et l'angoisse. C'est-à-dire que c'est bel et bien la
névrose qui protège la psychose.
On a trois sortes de psychoses, avec trois sortes de "délires".
La schizophrénie.
Il s'agit de la forme la plus extrême des psychoses. L'individu a totalement perdu et la notion du monde extérieur,
et la notion même d'identité. Le "je" n'existe plus. Il est fantasmatiquement aussi bien ce corps qu'il habite, qu'une
chaise, qu'une fenêtre ou qu'un divan, ou bien encore que vous et moi ... On trouve chez le schizophrène deux
comportements totalement opposés qui peuvent se succéder sans signe avant coureur : un repli sur soi quasi
autistique avec une absence totale d'affect (le corps est dissocié de ce qu'il ressent) et des crises de violences et de
souffrances inouïes.
La paranoïa.
Elle est plus répandue que la schizophrénie, et nettement viable tant qu'elle n'a pas explosé. Les fantasmes du
paranoïaque sont essentiellement l'érotomanie (certitude d'être aimé), le délire de persécution, et la haine
fondamentale de l'autre. Son principe de fonctionnement est celui de la projection, avec cette fois altération de la
perception. Outre la démesure, la différence du paranoïaque d'avec le phobique, c'est de la haine qui est projetée
et non plus de l'angoisse et qu'il n'a pas conscience de délirer (le phobique sait qu'il a tort de s'angoisser parce
qu'il voit un taxi, le paranoïaque lui est sûr que le Taxi-Driver veut le tuer) ...
La mélancolie (ou psychose maniaco-dépressive)
Cette forme de psychose a longtemps posé problème aux premiers psychanalystes qui ont hésité entre la classer
comme névrose ou comme psychose pour une raison essentielle : le délire mélancolique reste vraiment trop réaliste !!
La perception de la réalité n'est pas aussi endommagée. Plusieurs psychanalystes ont noté combien, loin d'être dans le délire,
le dépressif a peut-être, plus que quiconque, la vision la plus juste de la réalité, c'est-à-dire la moins embrumée
d'imaginaire. A l'inverse du paranoïaque, il est convaincu de son infériorité, de son inimportance, de l'inutilité de la
vie etc. Autant le schizo n'a pas d'affect, autant le paranoïaque a l'affect de la jouissance destructrice, autant l'affect
du mélancolique est celui du deuil impossible et de la culpabilité. Freud l'explique d'une formule très poétique : l'ombre
de l'objet est tombée sur le Moi. C'est-à-dire qu'il ne reste de l'expérience d'amour que l'absence, et c'est avec
l'absence le négatif que le Moi s'identifie et se forme. Si l'on rerend ce moment formateur de la théorisation de
l'absence, le mélancolique est celui qui a été convaincu d'être le responsable de la méchanceté puis de l'absence
de la mère. C'est de sa faute. Si bien que chaque fois qu'arrive la mère, il ne pense pas au bien qu'elle va lui faire,
mais au mal qu'il va lui faire. Il ne retient de l'expérience que le négatif, la souffrante culpabilité. Les fantasmes
sont logiquement ceux de l'autodestruction, avec un masochisme moral très fort, une tristesse incommensurable,
et surtout une culpabilité très très forte. Le comportement alterne les moments d'abattements (dépression) et les
moments d'élation, de joie, (manie - au sens psychanalytique - qui n'a que peu a voir avec le maniaque sexuel,
et rien à voir avec le maniaque obsessionnel).
Avec toutes ces donnés, certes schématiques, mais grossièrement correctes, on est équipé pour aborder Mulder.
Voyons cela ...
Freud nous dit que l'affect du mélancolique est le deuil impossible. Un autre psychanalyste, Rosolato, parle de
l'existence d'une représentation extrêmement forte chez le mélancolique : le "double narcissique enfantin souffrant".
Grosso modo, tout mélancolique a en lui l'image d'un enfant (lui-même) souffrant, mourant. C'est une image qui le
hante et le possède ... Au cinéma, elle prend l'aspect soit d'un enfant, soit d'un double imaginaire : un animal en
général, ou même un extraterrestre. La représentation phare est celle de E.T. mourant tendant la main vers la mère
d'Elliott pour dire "mother" ...
Deuil et double narcissique souffrant sont les deux clés du mystère Mulder, la troisième clé étant la culpabilité,
si importante chez le mélancolique. Fox n'est pas paranoïaque, n'a pas comme motivation de fond de faire la peau
aux petits extraterrestres (comme David Vincent dans "Les envahisseurs") ou de détruire les hommes aux
cigarettes, ce qui serait alors effectivement un comportement paranoïaque. Non ! Son but c'est in fine de sauver
l'enfant mourant qui le hante, je veux dire évidemment sa soeur. Le noyau de la personnalité Mulder est là et c'est
pour cela qu'il se meut, qu'il agit : il veut retrouver sa soeur et la sauver, alors et seulement alors, il pourra se reposer,
se sentir bien. Tout ce que l'on sait de lui, au fil des épisodes confirme cela, qu'il est bel et bien - n'en déplaise à
Scully mélancolique ...
Cyclothymie.
Nous avons dit que le mélancolique est maniaco-dépressif, alternant profondes joies et dépressions subites,
l'une plus soudaine et surprenante que l'autre. La manie de Mulder se voit dans sa fulgurance intellectuelle à trouver
par intuition des théories fameuses (fumeuses dirait la sceptique Scully), dans ses profondes et soudaines joies
quand il découvre le plus petit indice prouvant, qu'il a raison (Dans le "Pilote" : quand il découvre la perte de
temps, ou quand ils découvrent le squelette étrange, dans "Anasazi" quand il a la cassette numérique etc, etc ... )
. Quant à sa dépression, elle s'aperçoit généralement juste après les moments de joie un peu trop fictive et
irraisonnée. Mais c'est surtout quand les affaires non classées sont fermées que la dépression de Mulder est la
plus patente. On le voit alors se morfondre, vivre dans une sorte d'obscurité totale, ne voyant plus rien, étant rongé
et possédé par sa tristesse et son laisser aller ... C'est pour cela que l'épisode "Litlle Green Men"' est à ce titre
très révélateur. Il y a là toute la représentation de la mélancolie. D'abord le fait de partir sans avertir personne,
s'enfermer dans un lieu dangereux, ce qui représente le comportement même de l'acte suicidaire. Suicide social
d'abord : il est évident qu'il va se faire virer du bureau, suicide tout court en s'enfermant sans eau, sans nourriture
dans un trou perdu ! Ensuite son comportement est totalement cyclothymique : agitation alternant joie ("Ils sont là !")
et profond abattement (le fait de douter, de craindre d'avoir tort) Et puis surtout, quelle souffrance de Mulder !! Jamais,
Duchovny n'aura été aussi touchant en Mulder que dans cet épisode ...
"L'ombre de l'objet (trop lumineux) est tombée sur moi".
Cette phrase poétique et étrange dans l'oeuvre de Freud met le point sur une autre représentation. imaginaire de la
Mélancolie, celle du rapport lumière/manie (c'est-à-dire pour le nourrisson, présence gratifiante de la mère) et
noirceur/dépression (c'est-à-dire pour le nourrisson, présence d'une mère méchante ou absente). Le travail du
mélancolique sur lui-même consiste à essayer d'éviter les crises dépressives au profit de la crise maniaque,
évidemment plus jouissive. Dès lors, il doit faire triompher la lumière sur la noirceur ...
Il est vrai que cette formulation quasi philosophique, voire ésotérique, n'est pas propre au mélancolique, mais il la
fait sienne. L'analyse du générique montre combien cette dualité
lumière/ombre est importante dans la série, si tant est qu'il fut nécessaire de le dire. Cette lutte pour quitter la noirceur
dépressive pour la lumière joyeuse, se trouve dans plusieurs autres films : "Rencontres du troisième type"
d'abord (où Richard Dreyfuss doit dépasser la masse noire qu'il a dans la tête pour atteindre le sommet et là, y voir
alors triompher la lumière d'amour et de positivité au dessus de la montagne dépressive : la Mother-Ship ...) ou par
exemple "L'histoire sans fin" où Atreyu et son cheval, lancés dans une tentative pour sauver une princesse de
lumière, sont embourbés dans les marécages de la mélancolie qui menace de les avaler ... Les exemples sont
nombreux. Ici, le réseau d'entraves à Mulder se situe dans le domaine de l'obscurité et de la noirceur ... c'est
l'administration, ce sont les hommes de l'ombre, etc. Et ce qu'il recherche, lui, c'est atteindre les E.T., méchants
certes, mais lumineux tout de même, symboles de vérité. Repérez les moments où Mulder est "sous le niveau de
la mer", dans des cavités et dans lesquelles des monstres se cachent (par exemple : "Masculin/Féminin"
#1x14, "Tooms" #1x21, "L'hôte" #2xO2, "Anasazi" #2x25 ... ) et les moments où il est sur des
sommets ("Gorge Profonde" 1xO2, "Duane Barry" #2xO7 ... ) et vous verrez combien à la cavité est lié
le négatif et à la hauteur une certaine positivité de lumière.
Le fantasme de l'aide.
Découlant de cette culpabilité et mis en avant par un autre psychanalyste actuel, André Green, il a été montré que
les psychoses paranoïaques et mélancoliques ont toutes deux une sorte de "jouissance proche de la résurrection",
terme souvent formulé par les malades. Le paranoïaque a l'impression de renaître en détruisant l'autre (l'image la
plus pédagogique qui soit est celle d' "Highlander" : le fait de tuer un immortel, d'une manière très phallique
d'ailleurs, est le garant d'une jouissance qui submerge le vainqueur) tandis que le mélancolique à l'impression de
renaître en sauvant l'autre. Ayant une sympathie et donc une identification à l'autre qui souffre (de nouveau le principe
du double narcissique souffrant) s'il le sauve, il se sauvera aussi par procuration.
Ainsi, rien d'étonnant a ce que les personnes à sensibilité mélancolique se retrouvent dans les métiers liés au
Services, à l'aide, à l'humanitaire, à la médecine, à la Création en général. Mulder est dans ce cas : au F.B.I.,
c'est-à-dire pour aider la veuve et l'orphelin.
Les paranoïaques, eux, se retrouvent plus généralement dans les métiers de pouvoir ou de destruction : militaires,
banquiers ... mais surtout : politiques !
Suivez mon regard ...
La Fiction mélancolique.
La figure centrale de toute psychose est, nous l'avons dit, la mère. Le schizophrène n'a jamais réussi à différencier
entre eIle et lui ; le paranoïaque a balancé tous les torts sur elle et le mélancolique, lui, a avalé toute la culpabilité
et, cela allant de pair, il a idéalisé sa mère ... évidemment à tort comme chaque fois qu'on idéalise.
Or, de ce drame fondamental du mélancolique, il en existe un récit avec ses codes, ses points de passages obligés
que l'on retrouve dans les très grandes histoires fictionnelles mélancoliques comme "Citizen Kane"
(Cf article de J.F.Tarnowski dans "Psychanalyse à l'université" n°70) ou bien encore les "Rencontres du
troisième type", ou même "L'histoire sans fin".
Ce récit, c'est celui de "Oedipe Roi". Tout de suite : Stop ! Freud avec son complexe d'Oedipe a quelque peu
brouillé la vision de la tragédie de Sophocle. D'ailleurs, nombreux sont les spécialistes grecs (je pense notamment
à Marie Delcourt) qui ont remarqué qu'en fait, Oedipe ne souffre pas de complexe ! Que c'est peut-être même le
seul !!
Derrière ce fantasme oedipien de la pièce, se cache une tragédie mélancolique. Ce que découvre Oedipe à la fin de
la pièce, c'est que ce n'est pas son père qui l'a exposé sur la colline (c'est-à-dire cloué par les pieds hors de la ville)
parce qu'Oracle avait annoncé que ce fils tuerait son père et épouserait sa mère, mais que c'est sa mère qui avait
poussé Laios à le faire ! Il comprend aussi que sa mère n'a pas pu ne pas savoir que son nouveau mari était son fils,
parce qu'elle n'a pas pu ne pas voir qu'il boitait et qu'il avait des séquelles aux pieds (venant de l'exposition ...)
C'est cette vérité là, moins que l'assassinat de son père, qui pousse Oedipe dans sa folie : ne pouvant tuer sa mère
(acte paranoïaque), il retourne l'arme contre lui (acte mélancolique) et se crève les yeux. Le tout parce qu'elle est
coupable ...
Ce que l'on découvre sur Kane, c'est qu'il est ce qu'il est, c'est-à-dire un géant aux pieds (tiens tiens, encore les
pieds) d'argile parce sa mère l'a abandonné (scène de la luge). Dès lors, il reste sur et en lui, une marque indélébile :
le K, qui rejoint le lambda grec de Laios, qui renvoit au X des X-Files, celui d'un déchirement, déchirement qui
est celui-là même de la mélancolie, insurmontable, indicible, celui du deuil impossible. Ce déchirement oublié, refoulé,
qui est néanmoins présent sous 'la forme énigmatique et possessive d'une phrase "qui est à 4 pattes les matins,
etc. ?", "qui est Rosebud ?", "Quelle est cette Vérité qui est ailleurs ?", toutes ces questions auxquelles une réponse
suffit : Moi ! La vérité est en moi. Ce que tu cherches dans les étoiles, dans l'extérieur, eh bien la réponse, tu la
découvriras en toi ...
Je ne ferai pas la démonstration sur Kane. Elle a été brillamment faite ailleurs.
Revenons donc à Mulder.
Mulder, tel Oedipe, fait une enquête. Tel Oedipe ce qu'il découvre le concerne, le responsabilise. Je pense évidemment aux trois meilleurs épisodes des X-Files : la trilogie "Anasazi". Il découvre tout d abord que contre qui il lutte et a toujours lutté, finalement c'est son père. Quelque part, c'est à cause de lui que son père est à la retraite, qu'il a tout abandonné et c'est à cause de son enquête qu'il va être tué. Mais ce qu il découvre surtout, c'est que la personne qui a décidé du sort de Mulder, ce n'est pas son père. C'est sa mère. Elle savait tout ce qui s'était passé, et comme pour Oedipe, jamais elle n'a jamais rien dit, pire : elle le savait et elle a laissé faire. Or elle aurait pu s'opposer ou du moins essayer ... Tel Oedipe, Mulder se rend compte que sa mère est faible, qu'elle a bien vu ses souffrances, ses fourvoiements, mais qu'elle s'est tue ... parce qu'elle est coupable. C'est celle-là, la vérité indicible, effroyable, enfermée au plus profond du mélancolique, vérité que découvre Oedipe, a en perdre la vue et l'esprit.
Faux espoir mélancolique : la paranoïa.
La haine de soi, l'autodestruction, la dépression étant des formes très douloureuses, le Moi de certains mélancoliques
essaie de s'en sortir en tentant de projeter cette violence vers l'extérieur. Cela donne des formes apparentes de
paranoïa, mais les fantasmes archaïques sont bel et bien ceux de la mélancolie. Un film reprend parfaitement ce
comportement, c'est "Toto le héros" : le personnage fait une fixation de rancune, de haine, d'envie contre
son voisin et cela depuis des années et des années. Il va pour le tuer, mais au dernier moment, il fléchit, craque
et retourne son geste contre lui, en suicide ... La vraie structure réapparaît.
Tout ça pour dire qu'un vernis paranoïaque peut accompagner une profonde mélancolie.
Ainsi tout l'univers de Mulder est fait de paranoïa (car évidemment Smoking Man en tient une sacrée couche, de
paranoïa : volonté de pouvoir, jouissance de manipuler, et de rester caché, etc.), mais il n'empêche qu'il est et sera
toujours un être profondément maniaco dépressif.
Quant à Scully, on peut déduire qu'elle est obsessionnelle, dans sa manière très posée, très précise de mener les
enquêtes très rationnellement. Connaître par contre sa structure psychotique est impossible, tant elle est peu
développée sur ses motivations affectives.
Oublier la paranoïa et développer uniquement la mélancolie, tel est le mouvement global de la série.
Quant à savoir comment va finir la série, cela est une autre histoire ... Je m'amuse quant à moi à pousser jusqu'au
bout le parallèle Starwar/X-Files : Si Mulder/Luke est divisé entre les
deux pôles : père de lumière (William Mulder/Obi Wan Kenobi) et son père noir (Smoking Man/Darth Vader) ...
pourquoi Mulder/Luke n'aurait-il pas comme soeur celle qui était toujours là, à côté de lui, sans qu'il s'en rende
compte, sa Leia à lui : Scully ?
L'idée serait que Samantha aurait perdu la mémoire, aurait été adoptée par les Mulder, que Smoking Man l'aurait
acoquinée à la surveillance de Mulder (parce que Smoking Man connaît la vérité et que finalement il aime bien
Mulder).
On découvrirait alors le secret de Scully : elle n'est pas une vraie rousse, mais une brune teinte (sic !).
Wait and see ... may be ....